La loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans les lieux publics entre en vigueur lundi 11 avril 2011. A compter de cette date, le port du niqab n'est plus autorisé dans les jardins publics, les gares, ni dans aucun commerce, sous peine d'amende.
Outre le voile intégral porté par des femmes musulmanes (moins de 2.000 en France, selon diverses sources), tout ce qui rend impossible l'identification d'une personne est proscrit: voiles, cagoules, masques, etc.
Dans une circulaire du 2 mars 2011 (JO du 3 mars) le Premier ministre, François Fillon, entendait "réaffirmer solennellement les valeurs de la République et les exigences du vivre ensemble".
"Se dissimuler le visage (...) place les personnes concernées dans une situation d'exclusion et d'infériorité incompatible avec les principes de liberté, d'égalité et de dignité humaine affirmés par la République française".Le Premier ministre avait tenu à dépassionner le débat.
"Nous sommes au temps de l'apaisement", affirmait-il, un mois avant le débat controversé du 5 avril sur la laïcité et l'islam, organisé par l'UMP, auquel il n'a pas souhaité participer.
Sur la question du voile intégral, le Conseil français du culte musulman s'est associé à la démarche, estimant qu'"il [le voile] correspond à une lecture extrémiste, littéraliste du Coran, pas à une obligation religieuse".
Campagne d'affichettes
La circulaire de Matignon s'est accompagnée d'une campagne d'affichettes, portant le slogan "La République se vit à visage découvert", et apposées dans les lieux ouverts au public ou affectés à un service.On y voit, sur fond bleu, l'effigie d'une Marianne, moulée sous la troisième République, le visage ouvert, le front serein, avec un décolleté plus pudique que celui de Brigitte Bardot, lorsqu'elle fut sollicitée pour prendre la pose.Des dépliants en français et un site internet (www.visage-decouvert.gouv.fr) ont été mis à la disposition des personnes intéressées.
Le 31 mars, le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, a adressé ses instructions aux préfets et aux hauts-commissaires de la République. Des consignes précises ont été données aux forces de sécurité, pour éviter tout dérapage lors du constat d'une des deux infractions pénales créées.
La première infraction est constituée par le fait de porter une tenue destinée à dissimuler son visage dans l'espace public. La peine maximale encourue est une amende de 150 euros et/ou un stage de citoyenneté. Les forces de l'ordre n'ont "pas le pouvoir de faire ôter le vêtement qui dissimule le visage".
"Dans le cas où une personne refuse de se prêter à un contrôle (...), les conséquences de ce refus devront lui être exposées et notamment la possibilité, si elle persiste, de la conduire dans des locaux de police ou de gendarmerie pour y procéder à une vérification d'identité. Il conviendra lors de cette explication, de faire preuve de persuasion, de façon à ne recourir à cette faculté qu'en dernier recours", précise la circulaire du ministre.
La seconde infraction concerne l'interdiction de la dissimulation forcée du visage, soit "le fait pour toute personne d'imposer à une ou plusieurs autres personnes de dissimuler leur visage par menace, violence, contrainte, abus d'autorité ou abus de pouvoir, en raison de leur sexe".
Elle est passible d'un an d'emprisonnement et de 30.000 euros d'amende. La peine sera doublée (deux ans de prison, 60.000 euros d'amende) si la personne contrainte est mineure. Ces dispositions répriment aussi bien les faits commis dans l'espace public que dans la sphère privée.
Ce que dit la loi
Les tenues désormais interdites dans l'espace public
- Le niqab: voile intégral complété par une étoffe ne laissant apparaître qu'une fente pour les yeux. Ce voile, qui s'est répandu sous l'influence de l'islam wahhabite, concerne moins de 2.000 femmes musulmanes en France.
- La burqa: à l'origine le vêtement traditionnel des tribus pachtounes en Afghanistan, ce long voile couvre complètement la tête et le corps, un grillage dissimulant les yeux. Elle est quasi-inexistante en France.
Les tenues dissimulantes autorisées
- Les tenues dont le port est prescrit ou autorisé par des dispositions législatives ou réglementaires (casque pour les deux-roues en circulation...).
- Les tenues dont le port est justifié par des raisons de santé (assistance respiratoire, port de bandages) ou des motifs professionnels (masque de soudeur, casque intégral de protection).
- Les tenues portées dans le cadre de pratiques sportives (masque d'escrimeur...).
- Les tenues portées dans le cadre de fêtes ou de manifestations artistiques ou de processions religieuses, dès lors qu'elles revêtent un caractère traditionnel.
- L'interdiction ne vise pas le port d'un foulard, d'un couvre-chef, d'une écharpe ou de lunettes, dès lors que ces accessoires n'empêchent pas d'identifier la personne.
Sont classés espaces publics:
- Les voies publiques, les lieux ouverts au public ou affectés à un service public.
- Les lieux ouverts au public dont l'accès est libre - parcs, plages, jardins publics, commerces - ainsi que les lieux dont l'accès est subordonné au paiement d'un droit d'entrée: restaurants, théâtres, cinémas.
- Les lieux affectés à un service public: gares, préfectures, mairies, services publics accueillant du public, établissements d'enseignement, tribunaux, commissariats de police, brigades de gendarmerie, établissements de santé, musées, bibliothèques, stades et salles de sport, transports collectifs.
Ne font pas partie de l'espace public
- Les lieux privés
Le domicile ou les lieux dont l'accès est réservé à une catégorie de personnes remplissant une condition particulière: chambres d'hôtel, locaux d'une association ou d'une entreprise.
- Les véhicules, à l'exception de ceux affectés aux transports collectifs.
Une personne au visage dissimulé se trouvant à bord d'une voiture particulière ne sera pas passible d'une contravention, sauf si elle conduit le véhicule, dans la mesure où son vêtement induit un risque pour la sécurité publique.
- Les lieux de culte et leurs abords immédiats.